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APPEL : "UNE RÉPONSE À LA HAUTEUR DU DRAME"

étendre le mouvement

publié le jeudi 6 novembre 2014

« c’est ni le pied ni la gloire quand tout crame, c’est même pas une réponse à la hauteur du drame »

La Rumeur

Depuis dimanche dernier, la mort de Rémi Fraisse, tué par la gendarmerie au Testet, a fait la une de tous les journaux. Tout porte à croire que cette « actualité » sera balayée dans les jours qui viennent par un autre scandale, une autre catastrophe, un autre générateur à indignation médiatique – les candidats à la palme de l’infamie ne manquent pas. Nous devons refuser de laisser cet événement s’éteindre à petit feu, et Rémi mourir une deuxième fois. Ce qu’il y a d’inacceptable dans cette situation doit porter à conséquences. Des conséquences qui vont bien plus loin qu’un vague moratoire sur l’usage d’un type de grenade offensive et l’abandon du projet de barrage, ou qu’une hypothétique condamnation dans une dizaine d’année des responsables que la justice aura bien voulu désigner.

Rémi n’est pas « mort pour ses idées », ni comme martyr de la cause anti-barrage. Il est mort de l’application des doctrines et pratiques du maintien de l’ordre. S’il est mort pour quelque chose, c’est pour cet ordre à maintenir toujours plus violemment à mesure qu’il tient de moins en moins par lui même. Comme Bouna et Zyed neuf ans plus tôt, le 27 octobre 2005 à Clichy, comme pour chaque meurtre légal commis par les forces de l’ordre.

Ce n’est donc pas seulement en tant que jeune défenseur de la nature et opposant à un projet d’aménagement du territoire qu’on doit se sentir directement visé par la grenade OF F1 lancée dans la nuit de samedi à dimanche dans la forêt du Testet. Cela dépasse largement le champ des luttes écolo, et même celui des « luttes politiques ». D’une façon ou d’une autre, tout le monde est concerné, et se doit de réagir. D’abord parce que quasiment tout le monde peut se retrouver confronté à la répression (les raisons sont vastes : lutte, débrouille, fête sauvage, quartier populaire, etc.), et que la mort de Rémi n’est que l’aboutissement ultime d’une même logique, du contrôle judiciaire à la prison, de l’interdiction administrative d’une manifestation aux mutilations aux flash-ball. Ensuite, parce qu’il s’agit bien du maintien de l’ordre auquel chacune de nos existences doit se conformer, et qu’alors chacun se fait complice de la situation en préférant laisser faire.

On peut ne pas être à l’aise avec l’idée et le fait de s’en prendre directement aux forces de l’ordre dans la rue. On peut même déplorer le bris de vitrines plus ou moins innocentes. Mais d’une part il faut reconnaître ces gestes comme d’authentiques manifestations de colère, et d’autre part il n’y a pas de bonnes raison pour ne pas réagir. Se contenter du retrait du projet de barrage est certainement la plus abjecte de toute. Se croire impuissant confine à la lâcheté. Il y a mille façons de ne pas accepter l’inacceptable. Assiéger les gendarmeries ou les usines d’armement de la police, occuper des places (ou des bâtiments chauffés...), produire et diffuser des textes, des chansons ou des vidéos, etc. Les techniques policières, leur armement et leur propagande, visent à nous maintenir passifs. Ceci est un appel à tout ceux qui luttent de manière suffisamment déterminée pour se savoir visé par la répression, un appel à tout ceux qui vivent de manière suffisamment passionnée pour ne pas accepter qu’on donne la mort en leur nom : organisez-vous, organisons-nous, depuis des collectifs de lutte ou des bandes d’amis, des asso de quartier, des lycées, où que vous soyez, pour ne pas laisser passer, pour ne pas plier la tête. C’est certainement dans l’écho entre ces mille réactions, dans la manière qu’elles auront de faire mouvement, que pourra se trouver une « réponse à la hauteur du drame ».

depuis Rennes, la Maison de la Grève