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SHÉRIF, FAIS-MOI PEUR

Communiqué de la Maison de la Grève à propos des pressions policières du 18 mars

publié le jeudi 19 mars 2015

Aujourd’hui avait lieu à Rennes une manifestation à l’occasion du procès des policiers de Clichy-sous-Bois impliqués dans la mort de Zyed et Bouna en 2005. Comme lors des manifestations qui ont suivi la mort de Rémi Fraisse, la préfecture a cru bon de mobiliser des centaines de flics et un hélicoptère, de limiter l’accès à une bonne partie du centre-ville et de détourner les lignes de bus. Tout ceci, comme à l’automne, ne relève pas tant d’une prétendue menace de saccage de la ville par des anarchistes que de la fébrilité des autorités, qui savent depuis octobre et novembre 2005 que chaque mort dont la police est responsable peut ébranler l’ordre social.

La maison de la grève, espace d’élaboration politique sur Rennes et sa région, a apporté son soutien à la semaine de mobilisation pour le procès, en relayant l’appel, en participant aux cantines devant le tribunal et en ouvrant ses locaux pour une discussion. C’est certainement à ce titre que nous avons eu droit ce mercredi aux amabilités de la police en uniforme et en civil. Dans la matinée, un agent du renseignement (dont l’affectation précise nous est inconnue mais dont l’appartenance à la police nationale ne fait pas de doute) a été surpris, enfermé dans un appartement censément vide de l’immeuble d’en face, en train de photographier les personnes entrant et sortant du lieu. Évidemment, il n’a pas daigné ouvrir la porte quand certains d’entre nous sont montés y frapper...

Puis dans l’après-midi ce sont des dizaines de policiers en tenue de maintien de l’ordre qui ont bloqué l’accès à la rue, ne laissant passer que ceux qui pouvaient donner leur adresse. Sans compter les incessantes rondes de la BAC dans la rue, pendant et après la manif. Cette présence policière est peut-être également due à la soirée hip-hop qui se tenait dans un bar de la rue dans le cadre du programme de la semaine de mobilisation, mais toujours est-il que les flics ont ostensiblement manifesté leur présence devant nos locaux.

Ce communiqué ne vise pas à jouer l’indignation : ces petits coups de pression font partie intégrante du travail de la police, et personne ne devrait en être surpris. Cependant, nous voulons affirmer que cette stratégie policière échoue deux fois : elle échoue parce que nous ne cesserons pas de critiquer ce qu’est la police ; la police et sa brutalité, la police et son rôle dans le maintien d’un ordre inique, la police et sa prétention à confisquer la résolution des conflits. Et elle échoue parce que ce qui est en jeu dépasse largement la maison de la grève : si les autorités croient tenir leur coupable et circonscrire ce qui leur résiste dans un lieu, un groupe ou une pseudo « organisation d’ultra-gauche », eh bien nous ne tomberons pas dans le piège de nous conformer à leurs attentes. Nous ne nous recroquevillerons pas sous la menace de la répression, nous continuerons à défendre ouvertement ce à quoi on tient, à être ouvert à ceux qui partagent nos vues comme à ceux qui veulent les discuter.

Une pensée pour Bouna, Zyed et leurs proches.

Mercredi 18 mars, jour anniversaire de la Commune de Paris, La Maison de la Grève.