Collage 70’s

Soirée en récits et images des mouvements de femmes qui ont animé les années 70 en France.

18h à la maison de la grève.

La France de mai 68, ses révoltes, ses manifestations, ses grèves, ses occupations, ses discours. Révolution culturelle et … sexuelle. Mais pas pour tous, et certainement pas pour les femmes. Les femmes, elles, prennent part activement au mouvement mais s’en trouvent exclues dans la prise de parole. Reléguées à des tâches subalternes, elles sont les petites mains de la révolte étudiante, les petites mains de leurs hommes. Et ça ne va pas. 

Il y a bien Simone de Beauvoir et Le Deuxième sexe, d’où l’on tire le célèbre « on ne naît pas femme on le devient ». Et puis Kate Millet avec sa critique du pouvoir patriarcal, dans La Politique du mâle. Mais ça ne suffit pas. Il faudra, encore une fois, aller plus loin. Encore, car l’Histoire des femmes, de celles qui ne peuvent se satisfaire de la condition qui leur est faite, est ancienne et a traversé bien des frontières. Rappelons nous celles qui affirmaient déjà au XIXe que « les femmes ne devront leur émancipation qu’à elles-mêmes » (Adèle de Saint-Amand, 1834). Pourtant, à chaque mouvement, il reste cette étrange sensation d’un manque d’ancrage, l’impression qu’il faudra repartir de zéro.

Dans le sillage de mai 68, des femmes (re)commencent à se mettre en mouvement. Mais pas en n’importe lequel, elles cherchent leur propre mouvement ou plutôt trouvent de multiples façons d’être en mouvement. Et pour cela, il faut réussir à prendre la parole, et c’est par là que ça commence : prendre la parole, mais d’abord, sans les hommes, entre femmes, en non-mixité. Le mouvement de libération des femmes, dit MLF, est entrain de naître. 

Il y a eu les mouvements, qui ont été d’abord de petits groupes de femmes qui se sont réunis, parmi lesquelles Antoinette Fouque, Monique Wittig par exemple. Et il y a eu très vite des mouvements qui se sont opposés sur des questions absolument fondamentales, si bien que, quand on parle du MLF, il y a un petit problème, parce que c’est le Mouvement de Libération des femmes, mais en réalité, c’était une sorte de nébuleuse de groupes qui n’avaient à mon avis même pas une plateforme commune, à part peut-être la non-mixité. C’était la chose la plus évidente. Cela ne veut pas dire que tous ces groupes étaient antagonistes. Beaucoup avaient des actions communes dans les grandes revendications, comme par exemple la dépénalisation de l’avortement. Tout le monde s’y est mis, mais ces groupes avaient des positions de base extrêmement différentes.” (Marie-Jo bonnet dans Mon MLF)
 
« Les femmes ? Connais pas. Elles ont été inventées par les hommes. Le Mouvement de libération des femmes ? Connais pas, il a été inventé par la presse. Nous ne somme pas le mouvement. Nous sommes dans le mouvement. Nous ne sommes pas un groupe, nous sommes un phénomène. » (interview de Monique Wittig pour le Nouvel Observateur le 17 nov. 1970)

Certaines parlent de « nébuleuse » d’autres de « phénomène » ; certaines disent que « les femmes n’existent pas » d’autres scandent « Nous les femmes » ; certaines font la grève du travail dans les usines, d’autres font la grève du travail dans les maisons ; certaines participent aux réunions des « Gouines Rouges », d’autres à celles de « Psychanalyse et Politique », d’autres encore à celles des « Féministes Révolutionnaires ». Certaines auront probablement tout fait à la fois. 

A travers une multitude d’expériences, d’histoires, de pensées et de courage, le mouvement de libération des femmes a participé d’une réelle subversion des places, des fonctions et des rôles attribués. Entre femmes la parole circule, prélude à l’élaboration d’une réelle politique d’autonomisation et d’une nouvelle conscience des rapports entre les sexes. Les femmes pensent les femmes, mettent en partage leurs expériences et se donnent la possibilité d’affirmer des revendications collectives.

Si nous avons choisi d’organiser une soirée autour du MLF, c’est parce qu’il constitue un mouvement riche dans l’histoire des « idées » féministes intimement lié à l’expérience des pratiques et des mobilisations. Parties de l’expérience des femmes italiennes des années 70, nous avons voulues nous rapprocher de notre propre histoire pour en interroger l’ héritage. L’histoire du MLF semble trop souvent rattachée a l’émergence des pensées réformistes et égalitaristes qui ont marquées les années 80 en France. Mais nous avons l’intuition qu’il s’agissait avant tout d’autre chose, et c’est cet autre autre chose que nous sommes allées chercher. 

Ici, nous ne dirons pas tout du MLF, et nous n’en ferons pas un récit chronologique. Nous tenterons d’en tirer quelques paroles, événements, conduites qui nous semblent relever d’une réelle politique des femmes dans un contexte de révolte globale et de transformation sociale. Le geste n’est autre qu’un geste de partage, donner un aperçu, s’en inspirer peut-être. Les supports d’archives étant limités, il s’agira d’apporter quelques vidéos de l’époque, récits de femmes et images, afin d’en tirer l’énergie des rencontres, des alliances, d’en saisir une certaine tonalité, une certaine saveur. Alors de quoi avons nous et désirons nous hériter de cette histoire du MLF qui, assurément, a participé de l’Histoire des femmes en France et ailleurs ?

Le 8 mars 2017, le journal Libération titrait : « Féminisme, le torchon rebrûle », en référence à ces années de mouvement de libération des femmes. Quelques mois plus tard, le phénomène Metoo prenait une dimension virale et massive sur les réseaux sociaux. A coup de hashtags et de plusieurs millions de tweets, on a parlé de révolution Metoo, de mouvement de femmes d’ampleur, de libération de la parole sur la scène publique mondiale. Là encore, cela ne surgit pas du néant, mais s’inscrit dans une histoire qu’il s’agit d’interroger.