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Les soulèvements de la Terre - Week-end d’interventions, de discussions et de débats
Les soulèvements de la Terre - Week-end d’interventions, de discussions et de débats

Prendre le temps de réfléchir pour alimenter les luttes.
Il sera question au cours du mois de marches pour le climat, de lecture écologique du capitalisme, du sauvage, de luttes territoriales, d’anthropocène, de gilets jaunes, d’anthropologie et de préhistoire, de naturalismes mineurs, de résilience et de gouvernance, de forêts, de tendances de l’écologie politique, etc. etc.

Retrouver tout le programme du cycle en version pdf.

Le weekend du 11 et 12 Mai sera un moment clé, regroupant des chercheurs (en histoire, préhistoire, philosophie, anthropologie), et des participants aux mouvements des gilets jaunes et pour le climat. Nous interrogerons à la fois la situation écologique et politique actuelle, ses impasses et ses potentiels, les inventions nécessaires pour lui donner de l’endurance, en prenant aussi le temps de revenir sur la "géohistoire" du capitalisme (sa manière spécifique d’organiser le tissu de la vie), nous permettant de comprendre d’une autre manière ce qui nous arrive. Il nous faudra également faire vaciller l’évidence du sens que nous donnons à des notions communes telles que "société" et "nature" : d’où vient notre propre manière de comprendre le monde, séparé entre l’univers des humains et celui de la nature ? Au fil des discussions, nous pourrons participer à reconstruire nos analyses et nos luttes par delà la fausse opposition entre la nature et la société. Nous voulons faire sentir que l’écologie est moins une addition à la liste interminable des domaines de la lutte qu’un changement profond de paradigme, qui met au centre les relations constitutives entre les humains et le reste de la nature, pour comprendre le monde, la politique, le pouvoir et le capitalisme.
(voir les problématiques résumées ci-dessous)

Samedi 11 mai :

La guerre des écologies
- 10h : Si le capitalisme n’est pas un système économique séparé de la nature, mais une manière d’organiser les relations entre les humains et le reste de la nature, comment décrire cette écologie pour la combattre ?
Avec Christophe Bonneuil et Bernard Aspe
Voir le texte de problématisation de cet axe

Déjeuner sur place

Par-delà nature et culture
- 14h : Comment l’anthropologie et la préhistoire peuvent-elles nous aider à vivre, imaginer et défendre une autre écologie ?
Première partie : Quelle est la genèse du rapport occidental à la nature ? Avec Charles Stepanoff (anthropologue)
Deuxième partie : Comment certaines pratiques et luttes viennent-elles troubler l’héritage du naturalisme et de la modernité ? Avec Elina Kurovskaya et Hadrien Munier (anthropologues)

Dîner sur place

- 21h : Récits de terrain au Kamtchatka, avec Nastassja Martin - anthropologue.

Dimanche 12 mai

Se battre pour le climat ou pour ses conditions de vie : qu’est ce qu’une lutte écologique ?
- 10h30 Introduction : Maxime Chédin, membre de la revue terrestre
- 11h30 Table ronde 1 : De la conscience du climat à l’ancrage des luttes territoriales, tracer une ligne de crête.
Avec des membres de la revue Z, Maxime Chédin, des étudiants du mouvement climatestrike, J. porte parole de la coalition climat 21 lors de la COP 21 de 2015.

Repas sur place

- 14h30h Table ronde 2 : Gilets jaunes : Poser la question écologique depuis les ronds points.
Gilets jaunes de Bretagne et d’ailleurs...

Les discussions auront lieu à l’Espace deux rives, 4 allée Georges Palante, Rennes. (possibilité de garer des voitures sur place, parking à disposition ; accès par le Bus C4 arrêt Robidou).
L’accès est libre mais une participation aux frais sera la bienvenue.

Problématisation

Axe 1 : La guerre des écologies. L’économie capitaliste comme écologie de la dépossession

Comment comprendre le capitalisme sans séparer question sociale et question environnementale ? En le comprenant comme une écologie à part entière. Car celui-ci n’est pas simplement un système économique, mais une manière bien spécifique d’organiser les relations entre les humains et le reste de la nature. Le capitalisme exploite les travailleurs humains mais il ne pourrait pas exister sans une appropriation beaucoup plus large du travail, de l’énergie et des capacités de régénération et d’invention de la nature : en somme, c’est un système de mise au travail généralisé de la nature au service d’une logique aveugle et aliénante, celle de l’accumulation sans fin de capital. Cette écologie de la dépossession n’existe qu’à séparer les êtres de leurs milieux et de leurs multiples moyens de production et de subsistance. Comment se donner les moyens de comprendre et refuser cette dépossession que le capitalisme inflige aussi bien à l’atmosphère, aux phénomènes biologiques, aux corps féminins et aux peuples colonisés ? En abordant « par le milieu » le capitalisme, nous nous donnerons les moyens d’analyser son histoire sans le séparer de la toile de la vie, mais aussi d’identifier des points chauds du conflit d’aujourd’hui et les nouveaux adversaires à qui nous pourrions avoir à faire face : nouveaux extractivismes, capitalisme « vert », autoritarismes climato-sceptiques, nouveaux outils de gouvernementalité algorithmique...

Axe 2 : Par-delà nature et culture. Comment l’anthropologie et la préhistoire peuvent-elles nous aider à vivre, imaginer et défendre une autre écologie ?

L’état dramatique des milieux terrestres amène aujourd’hui bon nombre de collectifs, de chercheurs et de médias à enquêter sur la spécificité du rapport des sociétés occidentales vis-à-vis de ce que nous appelons la « Nature ». Quelles sont les causes profondes de cette singulière relation au monde faite d’appropriation et d’exploitation ? En pleine « crise écologique globale », l’anthropologie et la préhistoire offrent des pistes de transformation et de nouvelles conceptions pour repenser à la racine la « politique », la « nature », l’ « écologie » et le monde dans lequel elles s’inscrivent. Par leurs travaux de terrains menés dans d’autres réalités, présentes ou passées, elles nous permettent notamment de remettre en question l’évidence des notions de « Société » et de « Nature » qui nous sont si chères - la première désignant généralement le monde de l’Homme et la deuxième... tout le reste. Ces deux grandes notions opposées, qui structurent notre imaginaire collectif, notre histoire et nos pratiques, auront servi à convertir la Terre entière en un gigantesque puits de ressources et de capital, et bientôt peut-être en un désert inhabitable. Mais elles n’ont rien d’universel, d’indiscutable ou d’indépassable. Si le « naturalisme » ne peut pas se déconstruire en un clin d’œil, si les notions de nature et de société sont enracinées en nous et dans notre histoire collective, quelles sont les pistes d’invention d’un autre naturalisme, non dualiste et plus émancipateur pour les animaux, les arbres, les plantes, les milieux et les humains ? Des éleveurs, des paysans, des cueilleurs, des forestiers, des collectifs politiques en lutte (notamment dans les conflits environnementaux), se trouvent en désaccord pratique et affectif avec le naturalisme moderne et majoritaire, sur ce que le monde est ou peut être. Comment s’y prennent-ils pour mettre en question l’héritage du naturalisme et de la modernité et quelles tensions ou obstacles rencontrent-ils ? Avec ce deuxième axe de
réflexion nous voulons partager l’idée que l’écologie ne pourra être une meilleure manière de respecter les vivants et leurs milieux de vie qu’à la condition d’une remise en question radicale du rapport aux autres, humains et non-humains, basé sur l’opposition Nature/Société.

Axe 3 : Se battre pour le climat ou pour ses conditions de vie : qu’est-ce qu’une lutte écologique ?

D’un côté, il y a l’héritage d’un demi siècle de mouvements écologistes qui ont imposé leurs préoccupations à tous les niveaux du champ politique sans que cela ne parvienne à empêcher l’expansion planétaire du marché. De l’autre, il y a la mort de la gauche avec ses promesses de progrès pour tous. C’est dans ce cadre que l’on voit au même moment exploser une conflictualité sociale sans précédent et émerger une conscience écologique massive portée par la jeunesse. Il s’agirait pour les écologistes de trouver un sens de la conflictualité qui soit à la hauteur de la situation, et de trouver des perspectives pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouvent tous ceux qui pâtissent de la mise au travail généralisée du vivant. Pour cela, nous souhaiterions interroger ce que nous appelons une lutte écologique en repartant de la question des conditions de vie. Quels sont les endroits précis où les enjeux écologiques globaux s’inscrivent dans nos conditions matérielles d’existence ? Et quels sont les modes d’organisation collective qui répondent à ces enjeux ? Si nous voulons prendre au sérieux l’analyse écologique du capitalisme comme fondée sur l’appropriation d’une nature extérieure, il faut chercher les formes d’organisation politiques qui peuvent lui répondre. Les luttes territoriales s’opposent à des grands projets destructeurs tout en construisant de nouveaux rapports aux milieux vivants. C’est parce qu’elles déjouent les dualismes (nature/culture, social/écologique, local/global) que nous nous sentons héritiers de ces manières d’aborder les questions écologiques, et que nous voulons les confronter aux mouvements qui surgissent aujourd’hui.